Le SRI un outil de la souveraineté alimentaire ?

Nature&Progrès N°78 juin-juillet-août 2010

Par Frédéric GUERIN et Claire CHAUVET

Malgré un nom qui pourrait bien donner de lui une image peu amène, le SRI, Système de Riziculture Intensive, est parfaitement biologique. Depuis plus de vingt ans, multipliant par 2 à 4 les rendements des parcelles cultivées, cette méthode de riziculture, via quelques savoir-faire spécifiques, fait des petits miracles… Toutefois, quelques grains se sont glissés dans l’engrenage… Explications.

Henri de Laulanié, agronome et père jésuite qui dévoua plus de 30 années de sa vie au développement rural à Madagascar avait coutume de dire : « l’agriculture est un art, l’homme un apprenti et la plante son maître ». En ce sens, il avait recommandé aux jeunes paysans malgaches formés chez lui : « Parlez à vos cultures, elles vous répondront. »

Une découverte prodigieuse
Cette philosophie porta ses fruits, puisqu’en 1983, par une expérience fortuite, il découvre, avec l’aide de ses paysans chercheurs, le SRI, Système de Riziculture Intensive, une méthode entièrement organique permettant de multiplier aisément les rendements par 3, 4, voire plus. A force d’observations, la physiologie du riz s’impose à lui, livrant les secrets du tallage et ainsi, de la multiplication des épis… Avant sa mort, en 1995, le père de Laulanié fonde l’Association Tefy Saina (ATS), qui reprend et développe sa vision du développement rural intégré, lequel place l’homme au centre de tout. Depuis une vingtaine d’années, l’équipe de l’ATS dispense des formations sur ce concept énoncé dans l’abrégé des doctrines du Père de Laulanié : « Le but économique du développement est d’abord l’autosuffisance qui permet de se rendre indépendant des circuits économiques nationaux et internationaux sur lesquels la civilisation rurale traditionnelle n’a aucune prise. Le circuit économique intérieur de cette civilisation rurale a la forme d’un triangle dont les sommets sont les trois secteurs économiques de base : les ménages, l’exploitation du sol par les plantes et les animaux et l’artisanat. » La formation au SRI est une partie de ce tout.

Alors qu’il suffirait de seulement 10% des rizières cultivées en SRI pour que la grande île atteigne une véritable autosuffisance, et sachant qu’elle importe encore 200 000 tonnes de riz chaque année, il est légitime de s’interroger sur les raisons qui font que des instances comme l’IRRI (le Programme de recherche variétale du riz) ou la FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture) ne s’intéressent pas davantage à cette méthode naturellement productive et n’en font pas une priorité. M. Edmond Rataminjanahary, co-fondateur et président de l’association Tefy Saina depuis 2007, paysan chercheur du Père de Laulanié et directeur du centre de formation « champ-école » au Sud d’Ambositra, nous apporte son éclairage.

Frédéric Guérin : Pourquoi le SRI ne se développe-t-il pas plus vite à Madagascar ?
Edmond Rataminjanahary : Le développement du SRI à Madagascar est bloqué depuis des années par manque de volonté politique de l’état. Le SRI a été découvert à Madagascar mais, depuis vingt ans, il a toujours été mis de côté au profit du SRA (système de riziculture améliorée) qui utilise intrants chimiques et semences améliorées. Au niveau international, les institutions comme l’IRRI ont encore du mal à accepter que le SRI ait été découvert et développé par les paysans eux-mêmes et non dans leur institut de recherche. Ils remettent régulièrement en cause sa véritable efficacité, par rapport aux technologies modernes comme les OGM. A Madagascar, comme dans d’autres pays je suppose, la diffusion du SRI est dépendante des devises injectées par les programmes d’aide au développement des pays du nord favorisant les technologies occidentales qui profitent aux marchés des intrants chimiques. Les américains, notamment, fortement impliqués dans la vulgarisation d’un SRI, et qui ne donnent rien sans contrepartie, financent uniquement des organisations paysannes auxquelles ils sont affiliés et qu’ils sont sûrs de pouvoir contrôler.

Claire Chauvet : Le SRI ne s’est-il pourtant pas développé partout dans le monde via ces programmes de développement ?
Edmond Rataminjanahary : Depuis des années, beaucoup se targuent de développer le SRI au profit des paysans à travers le monde, mais bien que TEFY SAINA n’ait jamais voulu être « propriétaire » de cette technique, il s’agit d’un vaste piratage, d’une usurpation en quelque sorte : le secret du SRI réside dans la compréhension de la physiologie du riz. Quand on fait des formations en milieu rural, il ne s’agit pas d’inculquer une méthode toute faite, mais bien d’opérer un changement de mentalité des paysans, acteurs à la base, pour leur permettre de sortir de la méconnaissance généralisée dans laquelle on les entretient. Le père Henri de Laulanié disait : « La formation vise le long terme et cherche même à se rendre inutile : l’agriculteur bien formé pourra progresser par lui-même en profitant de toutes les opportunités. Même laissé à lui-même, il ne remettra pas en cause son acquis et ne reviendra pas en arrière. » C’est là toute la différence entre la vulgarisation, employée dans ces programmes de développement, et la formation telle que Tefy Saina la conçoit.

Frédéric Guérin : Au fond, pourquoi selon vous, laisse-t-on les acteurs ruraux dans cette méconnaissance ?
Edmond Rataminjanahary : Madagascar est composé de plus de 90% de ruraux, autant dire la force vive du pays. Quand on n’a pas eu une formation agricole adéquate, qui inclut l’aménagement du terroir, la gestion du temps et de l’argent, la conservation de la richesse du sol et des semences, il est difficile de se défendre face à l’arrogance des puissants. Laisser les paysans dans l’ignorance c’est les maintenir de manière perpétuelle dans une culture de la dépendance, qui est la porte ouverte à l’accaparement de leur terre et de leurs ressources…

Claire Chauvet : Quels sont aujourd’hui les objectifs de l’association TEFY SAINA ?
Edmond Rataminjanahary : Tefy Saina est en recherche permanente de capitalisation des expériences qui sont accumulées chez ses membres, dans des domaines allant de la riziculture et l’agriculture, à l’habitat, en passant par la nutrition et la santé. Nous proposons aujourd’hui tout un panel d’offres de formations et voulons plus que jamais répondre à la demande nationale et internationale en matière de formation agricole. Communiquer, aussi, pour faire connaître notre voix, qui est celle des paysans.

"Repaysanniser" l’agriculture
Séparer le SRI du développement de l’homme réduit le SRI à quelques techniques imposées d’en haut. La tragédie produite par l’agriculture industrielle et l’aide au développement ne se mesure pas seulement par les dégâts bien connus qu’elle engendre. Cette tragédie se manifeste aussi par un impact culturel aux conséquences incalculables : la destruction des savoir-faire traditionnels accumulés durant les 10 000 ans d’interactions entre la société humaine et la nature, et le dénigrement de l'innovation et de l'expérimentation passées et actuelles des paysans du monde. Ces innovations, dont le SRI est un exemple parmi tant d’autres, sont trop souvent dévoyées : au SRI on a substitué le SRA (système de riziculture améliorée), auquel on substituera bientôt le SROgm ? Certains font valoir que la crise du riz en Afrique ne peut être résolue que par une augmentation de la production locale, grâce à une augmentation des rendements, et mettent tous leurs espoirs dans les variétés de riz hybrides (par exemple le Nerica, un acronyme qui vient de l’anglais “New Rice for Africa”), imposées à coups de programmes d’aide au développement agricole, qui risquent d’anéantir à jamais l’immense diversité génétique des systèmes agricoles traditionnels. L’une des difficultés vient de l’arrogance d’une science qui n’a pas l’humilité de reconnaître que les paysans en savent plus qu’elle, et qu’elle doit se « repaysanniser ». Ni les généticiens ni les agronomes n’ont inventé et développé l’agriculture, ce sont les paysans. Ce sont les paysans qui, depuis le néolithique jusqu’à nos jours, ont aménagé les écosystèmes, sélectionné les variétés, mis au point et développé les meilleurs systèmes agricoles, de façon à produire les aliments dont leur pays avait besoin.

Opération SRI Madagascar
Depuis plus de deux ans, l'association « Opération SRI Madagascar » soutient plusieurs membres de l'association Tefy Saina, réseau d'associations locales et de fermes-écoles, à travers le financement
et l'organisation de formations pour les paysans malgaches. Ces formations au SRI, à l'agrobiologie et à diverses techniques appropriées, sont dispensées par des paysans-leader. Les personnes désireuses d'agir concrètement peuvent aller à la rencontre de ces paysans qui détiennent les clefs d'une agriculture biologique sans intrant ni énergie fossile : une agriculture biologique complétement écologique. Ces centres de formation sont en effet ouverts aux paysans et stagiaires du monde entier qui peuvent venir y faire des formations, stages ou séjours agroécotouristiques : l'échange équitable et à double-sens des savoir-faire entre paysans du Nord et du Sud est l'un des meilleurs moyens pour soutenir le combat des paysans africains.


Madagascar peut devenir le grenier à riz de toute la région

Haraka info n°37 mai 2008

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Mayotte hebdo juin 2008

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Pour une autosuffisance alimentaire

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Graines de savoir

Le quotidien de la Réunion septembre 2009

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Le SRI comme réponse à la menace alimentaire

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Les agriculteurs de demain et l'agriculture biologique

Témoignages juin2008

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Des réunionnais en formation à Madagascar

Témoignages juin 2009

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